L’essentiel
- 67 % des vendeurs Amazon rapportent une baisse de marge sur douze mois, et le réflexe commun est de blâmer la publicité ou les frais de plateforme.
- Dans la majorité des cas observés, le vrai problème n’est pas le coût par clic, c’est la dépendance à un canal unique sans aucune diversification.
- La diversification multicanal n’est plus une option de croissance, elle est devenue une protection de marge de base.
Deux tiers des vendeurs Amazon rapportent une baisse de marge sur les douze derniers mois. Face à ce chiffre, la première question posée dans presque chaque compte que j’ai vu est : est-ce que notre coût par clic publicitaire a augmenté ? La réponse est souvent oui, et c’est exactement ce qui rend le mauvais diagnostic si tentant.
Le coût par clic a effectivement augmenté sur Amazon Ads dans plusieurs catégories. Les frais de plateforme aussi ont grimpé. Ce sont des faits réels, mais ils ne sont pas la cause principale de la baisse de marge dans la majorité des dossiers que j’ai analysés. Ils en sont le symptôme le plus visible.
Le vrai coupable est structurel, pas tactique
Un vendeur qui dépend entièrement d’Amazon pour son chiffre d’affaires n’a aucun levier de négociation face à une hausse de frais ou un changement d’algorithme. Il ne peut pas rediriger son budget ailleurs parce qu’il n’a construit aucun autre canal capable d’absorber du volume. Il est captif, et un acheteur captif n’a jamais de pouvoir de négociation, que ce soit face à un fournisseur ou face à une plateforme.
C’est cette dépendance, pas le coût par clic lui-même, qui explique pourquoi la baisse de marge frappe si durement certains vendeurs et à peine d’autres dans la même catégorie de produits. Les vendeurs qui tiennent le coup sont presque systématiquement ceux qui génèrent une part significative de leur revenu ailleurs : marque propre avec sa propre boutique, présence sur d’autres marketplaces, canaux de découverte sociale comme TikTok Shop qui alimentent aussi les recherches sur Amazon sans dépendre de sa publicité.
Pourquoi le mauvais diagnostic persiste
Blâmer le coût par clic est confortable parce que c’est un problème qu’on peut mesurer facilement et qu’on croit pouvoir résoudre en ajustant des enchères. Blâmer la dépendance structurelle est inconfortable parce que ça exige d’admettre qu’on a construit une entreprise entière sur les règles d’un seul acteur, et que la solution prend des mois, pas des ajustements d’après-midi dans une console publicitaire.
Cette différence de confort explique pourquoi tant de vendeurs continuent d’optimiser leurs campagnes publicitaires avec de plus en plus de précision pendant que leur marge continue de reculer. Ils optimisent la mauvaise variable. Une entreprise qui tire 95 % de son revenu d’un seul canal reste fragile même avec les meilleures campagnes publicitaires du secteur, parce que sa fragilité vient de la structure, pas de l’exécution.
Ce que font les vendeurs qui protègent leur marge
Les cas où la marge résiste partagent un pattern clair. Ces vendeurs ont d’abord bâti une capacité de vente directe, souvent modeste au début, qui leur permet de vendre à un client sans passer par les frais et les règles d’Amazon. Ensuite, ils ont ajouté au moins un autre marketplace ou canal de distribution, pas nécessairement pour égaler leur volume Amazon, mais pour avoir un endroit où rediriger l’effort si les conditions se dégradent sur la plateforme principale. Enfin, ils investissent dans des canaux de découverte qui ne dépendent pas de la publicité payante, comme les partenariats avec des créateurs, qui alimentent leurs ventes sur toutes les plateformes à la fois plutôt que sur une seule.
Rien de tout ça n’élimine Amazon de l’équation. La plateforme reste souvent le canal le plus important en volume pour la majorité des catégories de produits. L’objectif n’est pas de la quitter, c’est de ne plus en être l’otage.
Un exemple qui illustre bien le problème
Un vendeur de produits pour animaux de compagnie tirait la quasi-totalité de son revenu d’Amazon depuis son lancement. Quand la plateforme a resserré ses règles de conformité sur une catégorie d’accessoires, plusieurs de ses meilleures fiches produits ont été suspendues pendant trois semaines pendant qu’il corrigeait sa documentation. Trois semaines sans son canal principal, sans aucun autre endroit où rediriger la demande, ont fait plus de dégâts à sa marge annuelle que n’importe quelle hausse de coût par clic n’aurait pu en faire en un an.
Ce vendeur n’avait rien fait de mal sur le plan publicitaire. Ses campagnes étaient bien montées, son coût d’acquisition dans la bonne fourchette pour sa catégorie. Le problème n’était visible qu’au moment où la plateforme a changé une règle qu’il ne contrôlait pas, et à ce moment-là, aucun ajustement d’enchère n’aurait pu compenser l’absence totale de canal de secours.
Quand le coût par clic est vraiment le problème
Il serait malhonnête de prétendre que le coût par clic n’est jamais le vrai problème. Il l’est, dans certains cas précis : un compte dont la structure de campagnes n’a pas été révisée depuis des années, avec des groupes d’annonces mal segmentés et des enchères qui n’ont jamais été ajustées à la marge réelle par produit plutôt qu’à un objectif de volume global. Dans ce genre de compte, un audit publicitaire rigoureux peut effectivement récupérer une part significative de la marge perdue, et il faut le faire avant de conclure quoi que ce soit d’autre.
La façon de distinguer les deux situations est simple : si un audit publicitaire propre et une restructuration des enchères ramènent la marge à un niveau acceptable, le problème était bien tactique. Si la marge continue de reculer malgré une gestion publicitaire déjà rigoureuse, ou si elle se rétablit temporairement puis redescend dès que la plateforme change une règle, le problème est structurel, et aucun ajustement d’enchère supplémentaire ne le réglera. La plupart des vendeurs sautent cette étape de diagnostic et vont directement à l’ajustement d’enchères parce que c’est l’action la plus disponible, pas parce que c’est la bonne réponse à leur situation précise.
Comment savoir si vous êtes exposé
Le test le plus simple : si Amazon changeait ses frais ou son algorithme demain matin d’une façon qui réduit votre visibilité de moitié, combien de temps votre entreprise survivrait-elle avec le revenu qui reste ailleurs ? Si la réponse est proche de zéro, la vraie priorité n’est pas la prochaine campagne publicitaire, c’est de construire un deuxième et un troisième canal de revenu, même modestes au départ.
La baisse de marge que vivent deux tiers des vendeurs Amazon n’est pas d’abord un problème publicitaire. C’est un problème de structure de revenu. Continuer à optimiser des enchères pendant que cette structure reste fragile, c’est soigner le symptôme le plus visible en ignorant la cause qui continuera à produire le même résultat l’année prochaine.
Diversifier ne veut pas dire tout construire en même temps. Un vendeur qui n’a qu’Amazon aujourd’hui n’a pas besoin de lancer sa propre boutique, un deuxième marketplace et un programme de créateurs le même trimestre. Il a besoin de choisir un seul canal de secours et de lui donner assez de temps pour devenir réel, même à petite échelle, avant d’en ajouter un deuxième. L’objectif n’est pas la diversification parfaite, c’est de ne plus dépendre d’un seul acteur pour la totalité de son revenu.